La réception du taiji quan en Occident
Thématiques : Arts martiaux, Civilisation chinoise, Vient de paraître
Discipline : Taichi chuan
Niveaux de pratique : Intermédiaire

Un livre de Dominic Larochelle
Il y a des livres qui parlent du taiji quan comme d’un art martial, d’autres comme d’une gymnastique de santé, d’autres encore comme d’une voie spirituelle. Celui de Dominic Larochelle ne se situe pas exactement sur ce terrain-là. Son objectif est différent, et c’est justement ce qui le rend intéressant : il cherche à comprendre comment le taiji quan a été reçu, interprété, transformé et parfois réinventé en Occident, principalement au XXe siècle, à travers les livres et les manuels publiés hors de Chine.
Ce n’est pas un livre pour “apprendre le taiji”, mais un livre pour comprendre ce que l’Occident a fait du taiji. Le fil de l’ouvrage est clair : la manière dont le taiji quan a été présenté en Occident raconte autant de choses sur les attentes occidentales que sur la tradition chinoise elle-même.
Dominic Larochelle montre que, dans de nombreux discours occidentaux, le taiji a été associé à une forme de sagesse taoïste intemporelle, comme si la pratique était naturellement et historiquement une “méditation en mouvement” héritée directement de grands maîtres taoïstes, et enracinée dans une vision du monde complète (énergie, cosmologie, harmonie avec l’univers, etc.). Le livre ne nie pas les liens possibles entre arts martiaux chinois et pensée chinoise, mais il met en évidence un mécanisme important : le besoin occidental de donner au taiji une origine prestigieuse, spirituelle, cohérente et “ancienne”, parfois au prix d’un certain flou historique.
Il ne se contente pas de dire “c’est faux” ou “c’est vrai” : il explique comment ces récits se construisent, pourquoi ils sont convaincants et ce qu’ils légitiment.
La réception du taiji quan en Occident est un livre sérieux, dense mais lisible, qui intéressera autant les passionnés de taiji que les lecteurs en sciences humaines. Il ne vous apprendra pas une forme, ni une technique, mais il vous donnera quelque chose de plus rare : une compréhension du taiji comme objet culturel moderne.
Il pose une question essentielle : quand une tradition traverse les frontières, est-ce qu’elle se “déforme”… ou est-ce qu’elle vit autrement ?
Dominic Larochelle m’a contacté au cours de l’été 2025 pour me présenter son ouvrage et favoriser sa diffusion aux passionnés du taiji quan en France et en Europe. Prolongeant une thèse de doctorat en science des religions à l’Université de Laval – Québec, cet ouvrage très documenté est guidé par la démarche analytique et scientifique propre à la conception de ce type de travail.
Il s’appuie sur l’analyse d’un choix d’auteurs et de textes publiés en Occident, nécessairement limités en nombre et datés. Ceux-ci étant orientés « tradition, réinvention et innovation religieuse au XXe siècle », ainsi que le précise son intitulé.
Ce n’est donc pas une enquête ethnographique sur les transmissions concrètes dans les clubs et sur les multiples façon d’enseigner propres à chaque enseignant, spécifiques aux multiples écoles, styles et tendances, et à leur intégration- ou non- dans la diversité de nos « cultures » occidentales.
A ce titre, elle ne traite pas des chemins portés par l’expérience individuelle, intime et collective vécue par chacun dans la pratique et les multiples façons dont elle est transmise, entre « art martial », pratiques de santé, culture, chemin spirituel ou discipline sportive.
« La réception du taiji quan en Occident » est une contribution majeure à la compréhension des échanges de cultures entre Orient et Occident, autour de la matière du taiji quan et des cultures qui lui sont associées.
Une « somme » qui nous interpelle sur les mystères du sens de notre pratique. J’encourage vivement sa lecture.
Christian Bernapel
Le livre « La réception du taiji quan en Occident – Tradition, réinvention et innovation religieuse au XXe siècle » est paru aux éditions l’Harmattan
Docteur en sciences des religions, Dominic Larochelle a enseigné les religions chinoises et les religions en contact pendant treize ans à l’université Laval, au Québec. Il cumule également quarante ans d’expérience dans la pratique des arts martiaux, dont près de trente dans l’entraînement et l’enseignement du taiji quan.